Arezki EL BACHIR - Les frères ABDOUN.

 

Arezki EL BACHIR

L'histoire de la résistance algérienne face à la colonisation française ne se limite pas aux grandes batailles rangées ou aux soulèvements de masse. A la fin du XIXe siècle, une forme de contestation  plus répandu, mais tout aussi redoutable pour l'administration coloniale, émerge dans les massifs montagneux, que les français qualifiaient de "banditisme d'honneur". 

Arezki EL BACHIR, considéré comme bandits par les Français, héros et justiciers pour les Algériens. Un hommes d'honneur, courageux et intelligent. Tous comme Messaoud BEN ZELMAT dans les Aurès, Bouziane EL KALAÏ dans la région de Beni- Chougrane, Ahmed OUMERI dans la grande Kabylie.

Arezki El Bachir naît vers 1859, au village d'Aït Bouhini, près d'Azazga, dans la wilaya de Tizi-Ouizou, au sein de la confédération des Aït Ghobri.   Il est le fils d'EL BACHIR Naït Ali et de Tassadit Tadjibat.

 

Lalla Fatma N'Soumer

Après la chute d'Icherriden et la capture Lalla Fatma N'Soumer, en 1857, et après avoir résisté contre l'armée Française, la Kabylie est vaincu et les villages perdent leurs autonomie et tombent sous l'autorité de l'administration Française, qui nommera des dirigeants pour chaque villages. 

Cheikh Mohamed EL MOKRANI

Cheikh Mohamed Améziane Belhadad

Son enfance est marquée par les traumatismes de la colonisation. Il a environ 12 ans, lorsque le soulèvement de1871,  mené par Cheikh El Mokrani et Cheikh El Haddad, embrase la région. La répression qui suit est impitoyable. En application de la loi de "responsabilité collective", les villages en particuliers la tribu des Aït Ghobri, furent frappés d'une amende colossale de 113 200 francs et se voit déposséder de 5 817 hectares de terres.

Par milliers les Kabyle étaient interdit de séjour chez eux, les terres de presque tous les Algériens étaient expropriés pour être offert aux Colons, les Algériens subissaient des condamnations arbitraires. La création du code de l'indigénat et la mise sous tutelle des villages par des dirigeants nommés par l'administration française brisent l'autonomie traditionnelle des djemaâs (assemblées de village). C'est dans ce climat d'humiliation sociale et économique qu'Arezki forge sa conscience.

En 1879, Arezki travaille comme bûcheron pour l'administration forestière, au service du brigadier forestier Thierry. Les forêts de Kabylie, autrefois ressources partagées, sont alors strictement réglementées. Le ramassage de bois mort et le pâturage des troupeaux deviennent des délits sévèrement sanctionnés par des gardes forestier souvent zélés. En 1885, les procès-verbaux pleuvent, totalisant des amendes de 1.5 million de francs pour la région.

Le destin d'Arezki bascule définitivement en 1887. Accusé de vol lors d'un passage à Alger, il est condamné par contumace à 20 ans de travaux forcés. Refusant  le verdict de la justice coloniale, il prend le maquis. Il ne tarde pas à s'entourer d'hommes partageant son refus de l'oppression. Ce groupe ne se contente pas de survivre, il commence à assurer une forme de justice parallèlepour défendre les droits des bûcherons et s'opposant aux taxes excessives. Petit à petit son groupe deviendra plus important.

Au début des années 1890,  Arezki El Bachir devient la figure centrale d'une vaste zone d'insécurité pour l'armée française. Réfugié dans l'épaisse forêt de Yacouren, il coordonne son action avec d'autres résistants, notamment les Beni-Flick, les Beni-Hacain, les Djabara et surtout les frères Abdoun (Mohamed El Hadj et Ahmed Saïd). Ces derniers, furent condamné à mort le 24 février 1884, pour le meurtre d'un adjoint-indigène, appartenant à la famille Achabo. Faute de preuve, la peine sera commué en peine de travaux forcés à perpétuité et seront envoyé en Guyane. Mohamed El Hadj, s'évadera et regagnera la Kabylie où il sera de nouveau arrêté et réexpédié en Guyane. Il s'évadera une nouvelle fois, pour rejoindre la Kabylie, où il prendra le maquis. Son frère Ahmed Saïd, s'évadera le 11 octobre 1886, lors d'un transfert, il se vengera de la famille Achabo en les attaquants, 2 personnes seront tuées, il sera jugé et condamné à mort par contumace, le 31 octobre 1890. Puis il constituera avec son frère, Mohamed El Hadj, la bande Abdoun.

Sous l'impulsion d'Arezki, ces groupes s'organisent. Ils défient les chefs de douars et les gardes-champêtres, organisant des rassemblements interdits et se substituent à l'autorité de l'administration civil des communes mixtes.

Petit à petit, Arezki devient aux yeux des villageois un justicier, à qui l'ont vient demander de l'aide, remplaçant ainsi l'autorité Française. Arezki veillait au bon ordre de ces troupes, il avait désigné quelques personnes dans le village pour représenter et faire exécuter ses ordres. Il aimait défier les autorités Françaises, gardes champêtre, chefs de douar etc... Il organisait des fêtes dans le village, alors que ce type de rassemblement est interdit sans l'autorisation des autorités. 

La popularité d'Arezki, soutenu et ravitaillé par les villageois (et même, dit-on, par certains colons isolés, exaspérés par l'administration), en lui fournissant de la nourriture, des armes, de l’argent. Ils l'informent également sur le déplacement des agents Français. Ce qui finit par inquiéter le Gouvernement Général. Arezki redistribuait parfois une partie des biens saisis aux plus pauvres, ce qui renforçait son statut de justicier. Après plusieurs échecs de compagnies de zouaves, une offensive d'envergure est lancée à la fin de l'année 1893.

Arezki dira :

JE NE SUIS PAS UN BANDIT. JE PREND LE MAQUIS POUR LE DROIT ET LA JUSTICE. CE PAYS EST LE MIEN, IL N'EST PAS AU FRANÇAIS.

A plusieurs reprise, les Français essaie de mettre fin aux activités de ces groupes.  Une première opération à lieu en mobilisant une compagnie de zouave. Une seconde opération sera lancé à la fin de l'année 1892. Ces interventions ne donneront aucuns résultat. Une offensive d'envergure est lancée à la fin de l'année 1893.

Le gouverneur général d'Alger, envoie 363 hommes contre Arezki, chaque maison est fouillée, et ceux qui ont aidé Arezki, financièrement, en donnant de la nourriture ou tout autres aides, sont immédiatement arrêté. Certains colons vivant dans les environs d'Azazga et de Yakouren l'aideront. Arezki a par 2 fois, pénétré dans le village de Tabarout afin de ce venger. Une première fois le 3 juillet 1893, suite au meurtre de Bachir Abdoun, tué par des soldats, puis une seconde fois, le 13 novembre 1893, car les villageois aurait donné des information sur Arezki. Toutes les tentatives mis en œuvre pour le capturer furent des échecs. Mais face à l'augmentation du banditisme en Kabylie, les autorités Française décident de mettre tout en œuvre pour que ces activités cessent.

Le 25 novembre 1893, le préfet Hippolyte Laroche (1848-1914) et le commandant Philippe Lefébure (chef d'escadron), déploient plus de 1000 hommes. La stratégie consiste à asphyxier la résistance en occupant militairement les villages suspectés de complicité. Des postes de tirailleurs et d'auxiliaires algériens sont installés sur tous les points de passage. La traque est systématique maison par maison.

140 tirailleurs et 70 autochtones seront répartis dans chacun de ces postes. Et pendant 1 mois, une compagnie de zouave occupera les villages. En quelques jours plusieurs proche d'Arezki furent tués ou arrêté. Ahmed Saïd Abdounet et 2 de ses camarades furent arrêté dans la forêt près de Tamgout, le 16 décembre 1893, d'autres seront capturé le même jours, quand aux autres ils résisteront et chacun prendra la fuite de son côté.

Arezki tente de s'enfuir vers la vallée de la Soummam, espérant gagner la Tunisie ou la Tripolitaine (Libye  actuelle). Épuisé et affamé après un mois de cavale, il est finalement capturé par le caïd Belkacem et remis aux autorités françaises en janvier 1894.

46 de ces camarades seront arrêtés, d'autres seront tués lors d'affrontement avec l'armée Française. Il sera transféré à la prison de Tizi-Ouizou. Puis le 29 décembre 1894, il sera conduit à Azaga pour montrer à la population la capture d'Arezki. La nouvelle de son arrestation fera la une des journaux d'Alger jusqu'en Métropole. 

 

Le procès d'Arezki El Bachir et de ses compagnons se tient du 1er au 3 février 1895. Fidèle à sa ligne de conduite, il récuse toute les accusation de vol crapuleux, revendiquant sont statut politique de révolté. Lors de son procès il déclarera au juge :

SI IL Y A UNE ACCUSATION QUE JE REJETTE DE TOUTES MES FORCES, C'EST BIEN CELLE DES VOLS, DE TOUTE MA VIE, JE N'AI VOLE PERSONNES, AUSSI JE TIENS A ÊTRE JUGÉ POUR CE QUE J'AI FAIT ET CE QUE JE SUIS, UN RÉVOLTÉ

10 membres de la bandes sont condamnés à mort. 6 seront exécuté et pour les 4 autres leurs peines seront transformé en travaux forcé à perpétuité en Nouvelle-Calédonie. 

Le 14 mai 1895, à Azazga, devant un public nombreux, composé surtout d'Européens, venus d'Alger pour assister à la mis à mort de ce héros, Arezki est conduit à l'échafaud, par 2 fois les mécanisme de la guillotine s'enraye. Selon la coutume, un tel incident aurait pu conduire à une grâce ou une commutation de peine, mais l'exemple se devait d'être total. Il est finalement exécuté, avec ses compagnons, rejoignant ainsi la longue listes les millions de martyres depuis le début de la colonisation françaises, aux côtés de figures comme Ahmed Oumeri ou Messaoud Ben Zelmat dans les Aurès.

 

Arezki El Bachir n'était pas un bandit, mais bel et bien un homme d'honneur, qui combattait l'injustice et l'oppression colonial. Un Bandit pour les Français, un Héros pour les Algériens. Un homme respecté et aimé par les siens.

 PAIX A TOUS NOS MARTYRES.



Chronologie Arezki EL BACHIR  (1859 – 1895)

1859 :
Naissance d'Arezki El Bachir à Aït Bouhini.

1871 :
Soulèvement de la Kabylie (Insurrection des Mokrani).
  
1879 :
Arezki commence à travailler comme bûcheron pour l'administration coloniale. 

1887 :
Condamnation par contumace à Alger, début de la vie de maquisard. 

1890 :
Unification des bandes de résistants sous son influence dans la forêt de Yakouren.

Juillet-Novembre 1893 :
Intensification des actions de représailles contre les informateurs de l'administration.

Novembre 1893 :
Lancement de la grande expédition militaire Laroche-Lefébure.

Janvier 1894 :
Arrestation d'Arezki El Bachir.
 
Février 1895 : 
Procès à Tizi-ouzou et condamnation à mort.

14 mai 1895 :
Exécution d'Arezki El Bachir. 




Sources :
 
 
 

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