Le 19 juin 1956, à l'aube , Ahmed ZABANA est exécuté à la prison de Barberousse à Alger. Il devient ainsi le premier militant du Front de Libération Nationale (FLN) à être guillotiné par les autorités
coloniales françaises . Son sacrifice marquera profondément les esprits et galvanisera la lutte pour l'
indépendance de l'Algérie.
"Zabana incarne à lui seul la volonté d'un peuple opprimé de recouvrer sa dignité et sa liberté, sacrifiant sa vie pour que d'autres puissent vivre libre" - Charles-Robert Ageron, Histoire de l'Algérie contemporaine, 1964.
1- Origine et enfance.
Ahmed ZABANA, appelé H'mida par ses proches, naît en 1926 dans la commune de ZAHANA anciennement Saint-Lucien, dans la Wilaya de MASCARA. Isu d'une famille modeste, il est le fils de Mohamed et de Megheni Mama. Il a 3 frères et 6 soeurs. Son père est un agriculteur qui fut dépossédé de ses terres, une réalité amère partagée par de nombreux d'Algériens. Ces terres lui permettaient de faire vivre sa famille.
Ils quittèrent leurs village et s'installèrent dans les quartiers d'AL HAMRI à ORAN, où le père sera employé comme docker dans le port.
2. Etude et formation.
Ahmed ZABANA, obtient son C.E.P. (Certificat d'Etude Primaire), puis il se forme aux métiers de la chaudronnerie et de la soudure, il travaillera plus tard dans une cimenterie. Son environnement ouvrier lui donne une regard concret sur les inégalités, renforçant sont engagement futur.
Comme tous les jeunes Algériens, il est passionné de football, et entrera dans l'équipe de réserve de l'ASM d'Oran.
En 1940, il rejoint le S.M.A. (Scout Musulman Algérien) fondé par
Mohamed BOURAS en 1936.
 |
| Mohamed BOURAS |
L'exécution de Mohamed BOURAS, en 1941, l'affectera profondément, ce qui renforcera sa volonté de libéré son pays. Il s'engagera dans le P.P.A. Clandestin (Parti du Peuple Algérien, fondé le mars 1937
par
Messali Hadj), et suivra une formation politique. Il sera, par la suite, recruté par le MTLD (Mouvement pour le Triomphe de Liberté Démocratique, fondé en 1946 et présidé par Messali Hadj).
"L'anthropologue Mahfouf BENNOUNE note que le SMA et le PPA formaient un terreau où se liaient solidarité communautaire, éducation politique et résistance morale, préparant les militants à la lutte armée."
 |
| Messali HADJ |
En 1949-50, il deviendra responsable d'un groupe de l'OS (Organisation Spéciale, fondé en 1947), cellule clandestine du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocrtiques (MTLD), où il constituera avec d'autres militant une cellule clandestine dans le village d'El Gaâda à Mascara, qu'il contrôlait.
3. Les premières actions armées.
Il participera, en 1950, avec son groupe, à l'attaque de la Grande Poste d'Oran. Ses multiples déplacement ainsi que ses activités politique, éveilleront les soupçons des services de renseignements et de la Police Française.
En 1950, la police coloniale infiltre l'OS et, en mars de la même année, Ahmed ZABANA, ses camarades et plusieurs responsable sont arrêtés et jugés. Ils seront condamné à 3 ans de prison et à l'interdiction de séjour à Oran et Djenane Meskine. Il fera une grève de la faim de 35 jours, ce qui illustre déjà son engagement physique et moral.
Libéré en aout 1953, il s'exilera à Mostaganem, où il reprendra ses activités politique, il participera au déclenchement de la guerre de libération national.
A. ZABANA fut contacté par Larbi BEN M'HIDI et deviendra responsable de la zone Zahana (ex St Lucien) et de la banlieue d'Oran (Wilaya 5 - Zone 4). Ahmed Zabana organise des cellules révolutionnaires à Oran, Aïn Temouchent, Hammam Bou hadjar et Sig. Il préparera la lutte armée avec tous le nécessaire en hommes, en armes et en munitions. Plusieurs groupes seront constitués, afin de collecté les cotisations, qui serviront à la lutte pour l'indépendance.
Le
1er novembre 1954, il dirige l'une des premières attaques contre les forces coloniales, marquant le début officiel de la guerre d'indépendance.
Le 4 novembre 1954, A. ZABANA lance une attaque contre la maison forestière de la Marre d'Eau, afin de récupérer des armes. Au cours de cette opération, le garde forestier, François BRAUN, sera tué, et une chasse à l'homme sera lancé par les autorités Française.
Le 8 novembre 1954, les forces de police colonial découvrent la base secrète à Ghar Boudjelida, où se sont réfugiés A.ZABANA et ses camarades. La grotte est alors encerclé et des rafales de feu suivront immédiatement. Les résistants tiendront plusieurs heures face aux français. Ibrahim Abdelkader est touché et meurt, A. ZABANA, est touché à la jambe, au bras et à la tempe, Fettah Abdallah est également blessé. A. ZABANA ordonne au reste de ses hommes de s'échapper.
Le 8 novembre 1954, il sera arrêté à Ghar Boudjelida. Il sera conduit à l'école communale d'El Gaâda, où il restera sans soin pendant une longue période.
4. Procès et condamnation.
Commence alors pour lui une longue détention. Torturé, interrogé, il garde un silence de roc. Lors de son procès, en avril 1955, il se tient droit, déterminé, sans haine ni peur dans la voix.
"Selon les archives du musée national du Moudjahid, A.Zabana subit alors des tortures sévères mais ne trahit jamais ses compagnons"
Il sera condamné à mort, le 21 avril 1955, par le tribunal d'Oran. Le première homme condamné à mort depuis le déclenchement de la guerre. Ce qui provoquera une puissante révolte chez les Algériens, qui se traduira par des séries d'action anti-colonialiste, et c'est ce climat qui préparera à la
Bataille d'Alger.
Le 3 mai 1955, il sera incarcéré à la Prison d'Oran.
Abane RAMDANE, chef du FLN Algérois, lance des menaces et fait distribuer des tracts :
"SI LE GOUVERNEMENT FRANCAIS, GUILLOTINE LES CONDAMNES A MORT, ALORS DES REPRESAILLES AURONT LIEUX CONTRE LA POPULATION CIVILE FRANCAISE"
Mais toute les demandes de grâce seront rejetés par le président René Coty.
 |
| René COTY |
 |
| Robert LACOSTE |
Robert LACOSTE, le ministre résident, laisse finalement guillotiné A.ZABANA.
Le 19 juin 1956, il est transféré à la prison de barberousse (Serkaji), sur les hauteurs d'Alger. Là, il écrit des lettres bouleversantes, pleines de sérénité et de foi, notamment à sa mère et à ses compagnons. Dans l'une d'elles, il écrit :
"Si je meurs,sachez que d'autres se lèveront. L'indépendance se paie, et je suis prêt"
Dans une autre lettre à ses compagnons :
"Restez fidèles à la cause. La patrie vaut plus que nos vie"
Dans sa cellule, avant l'heure de son exécution, il écrira une lettre d'adieu adressé à sa famille et au peuple Algérien.
Ces lettres, conservées dans les archives du Musée national du Moudjahid, témoignent de sa sérénité et de sa foi inébranlable.
5. Exécution.
Un état de santé dégradé et un état physique très abîmé, des blessures par balle et des signes de tortures très apparent, qu'il a subit durant son incarcération dans le quartier des condamnés à mort. Devant ses bourreaux il criera :
"JE MEURS MAIS L'ALGERIE VIVRA"
Le 19 juin 1956, les Français installèrent Ahmed ZABANA dans l'immonde machine, la lame tombe, mais elle s'arrêtera à quelques centimètre de son cou. Traditionnellement, lorsque le condamné n'est pas exécuté à la 1ère tentative, la condamnation est remplacée par une peine à perpétuité. Mais cette tradition ne fut pas appliquée pour nôtre chahid. Les bourreaux voulurent arrêter l'exécution mais leur chef donna l'ordre de continuer jusqu'à ce que mort s'en suive.
Le 19 juin 1956 à 4h00 du matin, dans la prison de Barberousse, le couperet tombe et Ahmed ZABANA rend son dernier souffle.
Agé d'à peine 30 ans, il sera le 1er homme guillotiné, quelques minutes plus tard, à 4h07, ce fut le tour de Abdelkader FERRADJ de monter dans cette horrible machine, après avoir regardé son camarade se faire tuer.
 |
| Abdelkader FERRADJ |
Cette abominable machine continuera à tuer des centaines d'autres chahid, pendant 5 longues années.
L'exécution de Zabana provoque une onde de choc en Algérie. Elle renforce la détermination des militants et intensifie les actions du FLN. Des figures comme Abane Ramdane et Larbi Ben M'Hidi utilisent cet évènement pour mobiliser davantage la population.
6. Héritage et mémoire.
La
guillotine utilisé pour son exécution est aujourd'hui exposée au Musée de l'Armée à Alger, témoin silencieux de cette période sombre.
Ahmed ZABANA a été enterré au cimetière d'EL ALIA à Alger, puis au milieu des années 1980, il fut transféré au cimetière de ZAHANA, où il repose en paix.
Son nom est aujourd'hui associé à plusieurs lieux et institutions :
En 2012, le film "Zabana" de Saïd Ould-Khelifa retrace son parcours, perpétuant la mémoire de ce héros national.
 |
| Musée Nationale A.ZABANA à Oran |
 |
| Stade A.ZABANA à Oran |
 |
| Statut A.ZABANA à Oran |
Chronologie d’Ahmed Zabana (1926 – 1956)
1926 :
Naissance d’Ahmed Zabana à Zahana (Saint-Lucien), près d’Oran.
1940 :
Il rejoint le S.M.A. (Scout Musulman Algérien) fondé par
Mohamed BOURAS.
1941 :
L'exécution
de Mohamed BOURAS, en 1941.
1946-1950 :
Adhésion au PPA après les massacres du 8 mai 1945, et il suivra une formation politique. Il sera, recruté par
le MTLD.
1950 :
Attaque Grande Poste d’Oran. Arrestation et condamnation par les autorités coloniales.
1953 :
Libération et reprise activités.
1er novembre 1954:
Participation active au déclenchement de la Révolution dans la région d’Oran.
4 novembre 1954:
Attaque maison forestière Marre d’Eau.
8 novembre 1954
Arrestation après un accrochage avec l’armée française à Ghar Boudjelida.
21 avril 1955
Condamnation à mort par le tribunal militaire d’Oran.
19 juin 1956
Exécution à la prison Barberousse (Serkadji). Premier martyr guillotiné de la Révolution Algériennne.
Sources :
- Charles-Robert Ageron, Histoire de l’Algérie contemporaine, 1964
- Mahfoud Bennoune, La guerre d’Algérie : histoire et mémoire, 2003
- Abane Ramdane, Mémoires de la Révolution algérienne, 1962
- Jean-Louis Planche, Algérie : la guerre oubliée, 1975
- Archives Musée national du Moudjahid, Alger
- Film : Zabana, Saïd Ould-Khelifa, 2012
- Lettres originales d’Ahmed Zabana (Musée national du Moudjahid)
- https://www.humanite.fr/histoire/guerre-dalgerie/zabana-et-ferradj-les-premiers-guillotines-de-la-guerre-dalgerie
0 Commentaires