UNE VILLE, UNE HISTOIRE - Sétif Française

 

L'année 1830 marque un tournant irréversible pour l'Algérie avec le débarquement français à Sidi-Fredj. Si la chute d'Alger est rapide, l'Est algérien, structuré autour du Beylik de Constantine, oppose une résistance organisée sous l'autorité d'Ahmed bey. Ce dernier, investi par la Sublime Porte (gouvernement Ottoman) en août 1826, refuse de se soumettre et transforme sa capitale en un bastion de souveraineté. Pour la France, le contrôle de Constantine est impératif, c'est la clé de voûte qui verrouille les hautes plaines céréalières de Sétif et  sécurise les communications vers le littoral.

Hadj Ahmed, Bey de Constantine. 
Musée central de l'armée d'Alger - Collections du musée 
Par LeRagondinSuave — Travail personnel, Domaine public, 
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1- La conquête de Constantine.

La première tentative de prise de la cité intervient en novembre 1836. Le Maréchal Clauzel dirige une colonne de 8700 hommes, persuadé que la ville lui ouvrira ses portes. La réalité du terrain est radicalement différente. Constantine est une forteresse naturelle protégée par  le canyon vertigineux de l'Oued Rhumel. Les deux assauts lancés le 21 novembre se brisent contre les remparts et la détermination des défenseurs. La retraite française tourne au désastre tactique. Harcelées par les cavaliers algériens, les troupes de Clauzel reculent vers Annaba dans des conditions climatiques déplorables, abandonnant une partie de leur matériel et de leur matériel et de leurs blessés sur le champ de bataille.

 

Clausel, Betrand, Marshal (1772-1842) 
Par Maurin, Antoine (French lithographer, 1793-1860) (artist) (graphic artist) 
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Cet échec retentissant force Paris à revoir sa stratégie.En 1837, une seconde expédition est préparée avec une logistique massive. Le général Charle-Marie Denys, Comte de Damrémont, prend la tête d'une armée de 20400 hommes. Cette force inclut 16000 combattants aguerris, un corps du génie performant et une artillerie de siège imposante placée sous les ordres du général Sylvain Charles Valée. L'objectif est clair, faire tomber la place par le feu.Le 5 octobre 1837,l'armée établit son camp face aux murs de la cité. Durant le siège, Damrémont est tué par un boulet de canon. Valée prend immédiatement le commandement.

Général Charles-Marie DENYS,
Comte de Damrémont.
Par Julien 
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Domaine public, 
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Général Sylvain Charles VALEE
Par Joseph-Désiré Court 
Catalogue Joconde : entrée 000PE004851 / Jimmy44, 
Domaine public, 
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Le 13 octobre 1837, l'artillerie française parvient à ouvrir une brèche dans les murailles de la Casbah. Les troupes s'engouffrent dans la ville par ce qui deviendra la place de la Brèche. Les combats de rue sont d'une rare violence, les habitants défendant chaque maison. Malgré cette résistance acharnée, Constantine tombe. La chute de la ville modifie instantanément la géopolitique régionale. Pour la région de Sétif, c'est la perte de son centre administratif et le fin de l'influence ottomane directe.

Ahmed Bey parvient à s'échapper avant l'entrée des français. Il ne dépose pas les armes pour autant. Il se replie vers le sud, trouvant refuge dans les massifs des Aurès. Pendant plus de 10 ans, il tente de galvaniser les tribus locales pour poursuivre la lutte contre l'avancée coloniale. Affaibli et isolé, il finit par se rendre en 1848. Il passe ses dernière années en résidence surveillée à Alger, où il meurt le 30 août 1851. Son inhumation se déroule à la Zaouïa de Sidi Abderrahmane. Sa sépulture, un monument en marbre surmonté d'un turban sculpté, rappelle son rang de dernier dignitaire du Beylik. La chute de Constantine permet alors à l'administration française de projeter son autorité vers Sétif et Bône (Annaba), entamant une phase de colonisation de peuplement sur les terres fertiles de la Wilaya 19.

2- L'expédition Galbois par les Portes de Fer. 

 En 1838, alors que le traité de la Tafna, (signé le 30 mai 1837 entre l’Émir Abdelkader et le général Bugeaud), stabilise temporairement l'Ouest, l'attention du commandement français se porte sur la jonction des deux pôles de souveraineté, Alger et Constantine. Le maréchal Vallée (souvent confondu dans les mémoires avec Bugeaud qui n'interviendra massivement qu’après 1840) charge le général Galbois, gouverneur de Constantine, d'étudier la faisabilité d'une liaison terrestre par les Bibans. Ce massif montagneux, surnommé "les Portes de Fer", est une barrière naturelle redoutable et un point de friction politique majeur, puisque l’Émir Abdelkader revendique ce territoire comme sien.

Pour réussir cette percée sans déclencher une guerre immédiate, les français s'appuient sur la diplomatie tribale. Le Cheikh El Mokrani, figure centrale de la Medjana, assure la protection de l'expédition et garantit le libre passage sur ses terres. La stratégie repose sur un mouvement en tenaille, une colonne doit partir d'Alger et une autre de Constantine pour se rejoindre à Sétif, point de convergence névralgique des hautes plaines.

L'exécution du plan se heurte rapidement aux réalités géographiques et climatiques du Sétifois. La colonne d’Alger reporte son départ laissant les troupes de Constantine progresser seules vers l'Ouest. Le général Galbois atteint Sétif le15 décembre 1838, mais ses troupes sont épuisées. L'hiver dans les hautes plaines est impitoyable, les Oueds transformées en torrents boueux et les sentiers de montagne dégradés par les pluies torrentielles ralentissent considérablement l'avancer. 

A cette date Sétif n'est plus que l'ombre de la cité impériale qu'elle fut. Le général Galbois décrit une ville en ruines, où les vestiges romains et byzantins émergent d'un paysage désolé. L'ancienne capitale de la Maurétanie Sétifienne ne possède plus de structure urbaine capable d'accueillir une garnison d'envergure.  Après le séisme de 419, les infrastructures impériale sont brisé, et les byzantins n'ont pas reconstruit la ville, mais l'ont réduite à une petite citadelle militaire (un bordj), laissant le reste à l'abandon. Puis avec les Fatimides vers l’Égypte, Sétif a perdu son rôle de capitale. Le déclin s'est accentué au XIe siècle, l'arrivée des tribus hilaliennes achève cette transformation, l'agriculture sédentaire a laissé place au pastoralisme nomade (élevage nomade), et les habitants ont délaissé la vie urbaine pour s’organiser en structures tribales (douars).

Malgré l'absence d'affrontement direct avec les forces l’Émir, l'expédition Galbois marque un jalon dans l'occupation du territoire. Ne pouvant maintenir une présence permanente à Sétif dans ces conditions climatiques, le général prend le chemin du retour vers Constantine. Cependant,il ne retire pas totalement ses pions, il laisse un demi-bataillon en poste à Djemila (l'antique Cuicul).

Ce choix n'est pas anodin. Djemila offre une position défensive supérieure et permet de surveiller les mouvements entre les montagnes de Kabylie et les plaines du Sud. Cette expédition de 1838 préfigure la célèbre expédition des Portes de Fer de 1839, menée par le Duc d'Orléans, qui sera perçue par L’Émir Abdelkader comme une rupture définitive du traité de la Tafna et relancera les hostilités générales. 

3- L'expédition du Duc d'Orléans. 

Le printemps 1839 marque une accélération de la présence française dans les hautes plaines. Le général Galbois repart pour Sétif en mai, mais cette fois, la progression ne se fait pas sans heurts. Si le Cheikh El Mokrani joue la  carte de la diplomatie, son cousin Abdesalam Al Mokrani, incarne la résistance aristocratique. Il engage le combat contre les colonnes française près de Sidi Embarek (actuelle wilaya de Bordj Bou Arreridj). Malgré la combativité de ses partisans, l'affrontement tourne à l’avantage des troupes coloniales. Abdesalam est contraint de se replier vers le bastion montagneux de Zemmoura. Ce succès militaire français fragilise la cohésion tribale et entraîne la soumission de plusieurs chefs de clans, ouvrant davantage la route vers le Sétifois. 

 le Duc d'Orléans
Par Atelier de Jean-Auguste Dominique Ingres 
National Gallery, Domaine public, 
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 En octobre 1839, l'Algérie reçoit la visite de Ferdinand-Philippe d'Orléans, héritier du trône de France. Le 12 octobre, le Duc d'Orléans arrive dans la vallée du Rhumel pour une entrée solennelle dans Constantine, ville symbole de la conquête de l'Est. Le décor est hautement politique, devant un minaret où est gravée l'inscription rendant hommage aux soldats tombés lors des sièges de 1836 et 1837.

 AUX BRAVES MORTS DEVANT CONSTANTINE, EN 1836 et 1837.

Le Prince reçoit l'allégeance de représentants de tribus ralliés, de Guelma jusqu'à Sétif. 

Son entrée dans la cité se fait par la porte Valée (le nom du Maréchal Valée), avant de rejoindre le Palais du Bey au milieu d'une foule compacte. Cette visite n'est pas qu'une simple parade, elle vise à asseoir la légitimité de la monarchie de juillet sur ces territoires et à préparer l'opération la plus audacieuse du règne, la traversée des Portes de Fer.

Le 17 octobre 1839, le Duc d'Orléans prend le commandement de sa division et établit son bivouac à Djemila (l'antique Cuicul). L'armée y séjourne jusqu'au 24 octobre.Passionné par l'antiquité, le Prince est fasciné par l'état de conservation des ruines, et particulièrement par l'Arc de Caracalla érigé au IIIe siècle. 

Djemila, arc de Caracalla

Sous le charme de ce monument, il conçoit le projet de la démonter pierre par pierre pour le transporter à Paris, afin de l'ériger sur  une place comme trophée de la conquête. Ce projet de transfert patrimonial, bien que sérieusement étudié, sera finalement abandonné en 1842 après la mort accidentelle du Duc d'Orléans. L'arc restera sur son site d'origine, évitant ainsi le démantèlement de l'un des joyaux du patrimoine Sétifien.

4- Le passage des Portes de Fer.  

Le 25 octobre 1839 marque le début d'une opération militaire qui va bouleverser l'équilibre fragile du traité de la Tafna. Le corps expéditionnaire français, scindé en deux divisions, l'une sous le commandement du Duc d'Orléans et l'autre sous celui du général Galbois, s'ébranle depuis Djemila en direction d'Aïn Turc. L'enjeu est de taille, forcer le passage des Bibans, ces défilés rocheux que les troupes turques payaient autrefois pour franchir, afin de prouver que la souveraineté française s'étend désormais sans entrave d'Alger à Constantine. 

 

Les Portes de fer au XIXe siècle.


 Le 28 octobre 1839, après avoir franchi avec succès les Portes de Fer, les deux armées se séparent. Alors que le Duc d'Orléans poursuit sa marche symbolique vers Alger, la division de Galbois redescend vers la Medjana. Sa mission est capitale pour l'implantation coloniale, stabiliser la  province de Constantine, rallier les derniers contingents de janissaires et de Kouloughlis de Zemmoura, et surtout, lancer les travaux de génie pour transformer les ruines de Sétif en une place forte imprenable.

Si l'année était celle de la conquête tactique, 1842 est celle de l'architecture militaire et de l'implantation sédentaire. Sétif cesse d'être un simple bivouac pour devenir un chantier permanent. L'armée française ne se contente plus d'occuper les lieux, elle les façonne. 

Une première caserne sort de terre dès le début de l'année. Preuve de la rudesse des conditions de vie, un tiers de ce bâtiment est immédiatement converti en hôpital militaire, tandis que les deux autres tiers accueillent la troupe et les services administratifs. L’installation ne se limite pas aux murs d'enceinte, l'économie de la ville commence à s'organiser autour des ressources naturelles. Un premier moulin est édifié sur les rives de l'Oued Bou-Sellam pour assurer l'autonomie alimentaire. Très vite, des briqueteries et des tuileries voient le jour, utilisant l'argile locale pour fournir les matériaux nécessaires à l’extension rapide de la cité naissante.

En octobre 1842, le paysage urbain de Sétif se densifie considérablement. Deux casernes supplémentaires sont érigées pour répondre à l'augmentation des effectifs. La structure hiérarchique et sociale de la nouvelle colonie se dessine à travers la construction de bâtiments spécifiques, un logement de fonction pour le commandant supérieur et le création d'un bureau Arabe (structure chargée de la gestion des affaires tribales et de la surveillance des populations locales), un véritable Hôpital de campagne, un abattoir pour l'approvisionnement régulier, de vaste écuries pour la cavalerie et une prison militaire. Les autorités font construire simultanément une chapelle et une mosquée, illustrant la volonté de stabiliser une population mixte dans un contexte de contrôle étroit. 

Cette phase de 1842 marque la fin de la Sétif antique et médiévale.Sur les fondations romaines, le génie militaire français impose un plan en damier, rigide et fonctionnel, qui servira de matrice à la ville moderne. Sétif n'est plus une terre noire livrée au pastoralisme, mais devient le centre névralgique du contrôle des hauts plateaux. 

5- La naissance de la Sétif coloniale. 

L'année 1844 marque une étape administrative majeure pour les hauts plateaux algériens.Sétif est officiellement érigée en subdivision de la province de Constantine. A cette époque, le site n'est qu'un immense chantier militaire où l'armée française tente de stabiliser sa présence sur ce verrou stratégique.Pour répondre à l'augmentation constante des effectifs de la troupe,le génie militaire lance des travaux d'envergure. Cette effervescence nécessite une main-d’œuvre qualifiée que l'armée ne possède pas en nombre suffisant. On assiste alors à l'arrivée massive d'ouvriers civils européens, principalement des maçons et des charpentiers, attirés par la promesse de travail et de concessions. Ce premier noyau civil modifie radicalement le visage de l'ancien campement.

L'urbanisme de Sétif s'opère par une transition brutale du militaire vers le civil. Autour  du quartier de la garnison, les premières habitations en dur remplacent les tentes et les baraquements de fortune. Ce mouvement ne concerne pas uniquement les colons, des populations indigènes, principalement des familles de commerçant et d'auxiliaires des Bureaux Arabes, se fixent également à proximité du nouveau pôle économique. En 1846, le paysage se densifie avec la création du centre d'Aïn Sfiha, situé à 2 kilomètres au sud de la cité, marquant le début de l'extension agricole de la plaine.

Le 11 février 1847 constitue l'acte de naissance officiel de la ville civile. Une ordonnance royale délimite le périmètre urbain et dote la cité d'un territoire de 2509 hectares, prélevés sur les terres de parcours des tribus locales. Pour sécuriser ce nouvel établissement, les autorités entourent Sétif d'un mur d'enceinte de 3 mètres de hauteur. Cette muraille, percée de 4 portes stratégiques, Alger, Biskra, Constantine et Bougie (Béjaïa), définit une géométrie urbaine rigide en damier, typique de l'architecture coloniale du XIXe siècle. De ces fortifications, seule la Porte de Bougie subsiste aujourd'hui, servant désormais d'entrée au parc d'attraction de la ville et témoignant du passé défensif de la cité.

la Porte de Bougie

 L'implantation française ne se limite pas à l'intérieur des remparts. Une politque de Ceinture de défense est mise en place avec la création de 4 villages satellites destinés à fixer les colons agriculteurs, Lanasser, Khalfoun, Mezloug et Fermatou. Ces centres de peuplement servent d'avant -postes pour la mise en valeur des terres céréalières de  la Terre Noire. La consolidation administrative suit la croissance démographique et économique. Le 13 octobre 1858, un décret transforme Sétif en sous -préfecture, confirmant son statut de capitale régionale, autonome vis à vis de Constantine pour sa gestion quotidienne, et centre névralgique de l'administration des hauts plateaux.

6- La Compagnie Genevoise. 

Maréchal Armand Jacques Leroy
de Saint-Arnaud

 L'histoire de la colonisation de Sétif prend une trajectoire exceptionnelle au milieu du XIXe siècle, lorsqu'elle croise les ambitions de la haute finance helvétique. Le 15 février 1852, deux banquiers genevois de renom, Paul-Elisée Lullin et François-Auguste Sauter de Beauregard, adressent une requête audacieuse au Maréchal de Saint-Arnaud, alors ministre de la guerre.Leur projet, obtenir une concession colossale de 500000 hectares pour y instaurer un modèle de colonisation agricole privée. 

Si l'administration française juge la demande initiale démesurée, elle finit par céder une partie du territoire pour tester l'efficacité des capitaux étrangers. Par le décret du 26 août 1853, l’État français concède 20000 hectares de terres fertiles dans les environs immédiats de Sétif. "LA COMPAGNIE GENEVOISE DES COLONIES SUISSES DE SETIF" est alors officiellement fondée. Portée par 8 actionnaires principaux, dont les comtes François-Auguste et Charles-Louis Sautter, la société dispose d'un capital de départ de 3.625 millions de francs suisses, une somme considérable pour l'époque.

Le pacte avec le gouvernement français est strictement défini, en échange de ces terres, la Compagnie s'engage à bâtir des villages, à construire des infrastructures et à installer des familles d'exploitants agricoles européens, principalement d’origine suisse. L'objectif est de transformer ces vastes étendues, souvent perçues à tort comme vides par l'occupant, en un réseau de fermes productives capables d'alimenter la métropole en céréales.

La compagnie passe rapidement à l'action. Le premier jalon de cette entreprise est la fondation d'Aïn Arnat, situé à 9 kilomètres à l'ouest de Sétif. Ce village devait servir de modèle architectural et social pour la suite du projet. 4 autres centres de peuplement sont créés dans la foulée, Bouhira, Aïn Messaoud, Mahouan et Al Ouricia. Ces noms marquent encore aujourd'hui la géographie de la région, témoignant de l'impact durable de cet implantation sur le parcellaire agricole. 

Cependant, l'optimisme des banquiers genevois se heurte brutalement aux réalités sanitaires et climatiques du plateau Sétifien. En juillet 1854, moins d'un an après le lancement officiel, une catastrophe frappe la colonie. Des épidémie dévastatrices de choléra et de typhoïde se propagent parmi les nouveaux arrivants. Ces maladies, liées à la gestion difficile de l'eau et à l'absence de structures médicales adaptées, déciment les rangs des colons. 

Le bilan est lourd et freine net l'expansion de la compagnie. Sur les 500 familles de paysans suisses initialement prévues par le contrat de concession, seules 130 parviennent à s'installer durablement. Les autres, terrifiées par la maladie ou ruinées par les mauvaises récoltes, repartent vers l'Europe ou s'éparpillent dans d'autres régions d'Algérie. Cet échec du peuplement forcera la Compagnie Genevoise à modifier radicalement sa stratégie, passant d'un modèle de petits propriétaires suisses à celui d'une exploitation extensive utilisant de plus en plus la main-d’œuvre locale indigène, sous la surveillance de régisseurs suisses.

7- Insurrection de 1871. 

L'année 1871 représente une rupture brutale et tragique dans l'histoire de la région. La Medjana, fief de la famille aristocratique des Mokrani, devient le foyer de la plus grande révolte populaire contre l'ordre colonial depuis l'époque de l'Emir Abdelkader. L'insurrection, déclenchée par le Cheikh El Haddad et le Bachagha El Mokrani, embrase les hautes plaines. La tribu des Hachem, alliée historique des Mokrani, s'engage massivement dans ce soulèvement.

L'échec de la révolte entraîne une répression sans précédent, non seulement militaire mais surtout judiciaire et économique. Les tribus insurgées, dont les Hachem, sont frappées par le séquestre (confiscation des terres). La sanction est totale, la tribu des Hachem est expropriée de la totalité de ses domaines,soit environ 50000 hectares de terres  fertiles. En plus de cette perte foncière, une amende de guerre écrasante est infligée aux populations, brisant définitivement l'influence de la féodalité berbère au profit de l'administration civile française. 

Sur les terres confisquées aux Hachem, l'administration coloniale dessine une nouvelle carte humaine et économique. Ces 50000 hectares servent de réserve foncière pour créer des villages de colonisation destinés aux nouveaux arrivants, souvent des Alsaciens-Lorrains fuyant l'occupation prussienne. C'est à cette période que naissent ou s'agrandissent les centres de  Sidi-Embarek et Al-Anasser (baptisé Galbois à l'époque), Cérès (actuel Bélimour) nommé ainsi en hommage à la déesse romaine des moissons, Blondel (Aïn Sultane) et El Achir, le périmètre urbain de Borj Bou Arreridj est également étendu, transformant ce poste militaire en un centre administratif de premier plan.

Pendant que les campagne subissent ces transformations radicales, le ville de Sétif, protégée par ses remparts, entame métamorphose technologique et paysagère. L'arrivée du chemin de fer change la donne, la construction de la gare de Sétif connecte désormais les hautes plaines à Alger et Constantine, facilitant exportation massive de blé vers l'Europe. Sétif ne se regarde plus comme un simple poste de défense, mais comme une capitale économique moderne.

L'urbanisme s'adoucit avec la création d'espaces verts. Le jardin d'Orléans (aujourd'hui Jardin Emir Abdelkader) est aménagé,offrant aux habitants un lieu de promenade qui intègre souvent des vestiges archéologiques romains trouvés lors des terrassements. La cités se dote de bâtiments civils imposants, de banques et de commerces, confirmant son rang de pôle d'attraction pour toute la région. Cependant, cette prospérité urbaine repose sur le contraste saisissant avec la dépossession des tribus rurales environnantes, créant une fracture sociale qui marquera l'histoire de la wilaya jusqu'au milieu du XXe siècle.

  


Chronologie Sétif Française.

Août 1826 :
Ahmed Bey est investi par la Sublime Porte, il prépare la résistance de l'Est.

Novembre 1836 :
Echec cuisant du Maréchal Clauzel devant les remparts de Constantine.
  
13 octobre 1837 :
Chute de Constantine après un siège sanglant mené par le général Valée. 

30 mai 1837 :
Signature du traité de la Tafna entre l’Émir Abdelkader et Bugeaud. 

15 décembre 1838 :
Expédition Galbois. 

Mai 1839 :
Combat de Sidi Embarek. Résistance Abdesalam El Mokrani.

12 octobre 1839 :
Visite du Duc d'Orléans à Constantine.

28 octobre 1839 :
Passage des portes de fer.

1842 :
Début des grands travaux du génie militaire à Sétif. Construction de la première caserne, hôpital et du moulin sur l'Oued Bou-Sellam.

1844 :
Sétif devient officiellement une Subdivision militaire de la province de Constantine.
  
1846 :
Création du premier centre de colonisation agricole à Aïn Sfiha. 

11 février 1847 :
Ordonnance royale créant la ville civile de Sétif. Construction de l'enceinte fortifiée. 

Mars 1871:
Déclenchement de la révolte des Mokrani et du Cheikh El Haddad. La Medjana et les tribus Hachem entrent en insurrection.

1872 :
Répression et application du Séquestre. Expropriation de 50000 hectares appartenant aux Hachem.

1874-1880 :
Création de nouveaux villages sur les terres confisquées (Sidi Embarek, Bélimour, El Achir).
 
Vers 1880 : 
Arrivée du chemin de fer, construction de la gare et aménagement du jardin d'Orléans.



Sources :

 





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