UNE VILLE, UNE HISTOIRE : Vestiges préhistoriques de SETIF : un voyage aux origines de l'humanité.

 


 Quand on évoque l'histoire de Sétif, les esprits se tournent spontanément vers les vestiges de la colonie romaine de Sitifis ou les déchirures contemporaines de mai 1945. Pourtant, la réalité historique de cette région s'enracine dans une temporalité infiniment plus lointaine. Les hautes plaines Sétifiennes abritent les preuves tangibles d'une présence humaine primitive qui a bousculé les théories scientifiques sur le peuplement de l'Afrique du Nord. Ce n'est plus seulement une province historique, c'est l'un des plus anciens théâtres de la vie humaine sur le continent.

1- Le gisement d'Aïn El Hanech.

L'histoire des découvertes commence en 1947. Le paléontologue français Camille Arambourg, alors en quête de fossiles pour comprendre l'évolution des mammifères en Afrique du Nord, identifie un gisement exceptionnel dans l'actuelle commune de Guelta Zerka, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Sétif, le site d'Aïn El Hanech (la source du serpent).


Lors de ses premiers coups de pioche, Arambourg exhume une quantité impressionnante d'ossements d'animaux fossilisés.  Mais ce qui retient surtout l'attention du chercheur, c'est la présence, au milieu de ces restes d'animaux, de pierres calcaire et de silex manifestement taillés par la main de l'homme. A une époque où la préhistoire nord-africaine est encore peu documentée, Aïn El Hanech apporte la preuve irréfutable que des hominidés arpentaient déjà la région à une période extrêmement reculée, estimée par la suite à environ 1.8 millions d'années.

Pour comprendre ce qu'était Aïn El Hanech à cette époque, il faut oublier le climat actuel des hautes plaines. Il y a 1.8 million d'années, le site se présentait comme une plaine alluviale lacustre, un ancien lac permanent ou semi-permanent alimenté par des cours d'eau, entouré d'une savane arborée.

Mohamed SAHNOUNI

Les recherches approfondies menés à partir de 1992 par le professeur algérien Mohamed Sahnouni et ses équipes ont permis de reconstituer précisément le mode de vie sur place. Aïn El Hanech n'était pas un habitat permanent, mais un site d'occupation saisonnière. Les premiers hominidés (vraisemblablement proches de l'espèce Homo Habilis ou  des premiers Homo Erectus) profitaient des périodes sèches pour s’installer sur les berges de l'ancien lac. C'était un point stratégique, l'eau attirait le gibier, et le lit des rivières environnantes fournissait en abondance des galets de rivière, la matière première indispensable à la fabrication de leurs outils.

Les outils découverts à Aïn El Hanech appartiennent à la civilisation technique de l'Oldowayen, caractérisée par une technologie simple mais diablement efficace. Les hominidés de Sétif fabriquaient principalement des gestes aménagés, appelés choppers lorsqu'ils étaient taillés sur une seule face, ainsi que des polyèdres et des sphéroïdes façonnés pour obtenir des tranchants multiples.

Ces objets ne servaient pas d'armes pour chasser le gros gibier, mais d'outils de boucherie. Les hominidés d'Aïn El Hanech pratiquaient principalement le charognage stratégique ou la chasse de petits animaux. L'analyse par microscope des outils en silex montre des traces d'usure typiques liées à la découpe de la viande et au raclage des os. Les galets plus lourds et sphériques servaient quant à eux de percuteurs pour briser les os longs des grands mammifères afin d'en extraire la moelle, une source de protéines essentielle à leur survie. 

Le gisement d'Aïn El Hanech fait office de véritable cimetière paléontologique, révélant un écosystème subsaharien aujourd'hui totalement disparu d'Afrique du Nord. Les fouilles menées par Mohamed Sahnouni ont mis au jour une mégafaune impressionnante qui partageait le quotidien de ces premiers hommes. 

Parmi les fossiles les plus remarquables, on note la présence de l'Anancus, un éléphant antique impressionnant doté de défenses rectilignes de plusieurs mètres de long. Les archéologues ont également exhumé des restes d'hippopotames (Hippopotamus amphibius), de rhinocéros, de chevaux primitifs appartenant au genre Equus, ainsi que plusieurs espèces de bovidés (ancêtre des antilopes et des buffles). La découverte récurrentes de marques de découpe laissées par les outils de pierre sur ces ossements d'animaux prouve scientifiquement que l'homme d'Aïn El Hanech maîtrisait parfaitement l’exploitation des carcasses de grands mammifères, s'imposant comme un prédateur efficace dans son environnement.

2- Le gisement d'Aïn Boucherit.

 Le plateau des hautes plaines sétifiennes abrite l'un des tournants majeurs de la paléoanthropologie contemporaine. Situé dans la commune de Guelta Zerka, à une dizaine de kilomètres d'El Eulma et environ 80 kilomètres de Sétif, le site d'Aïn Boucherit a livré des preuves matérielles qui repoussent l'âge de la présence humaine en Afrique du Nord à 2.4 millions d'années. Cette découverte factuelle, publiée à la fin de l'année 2018, modifie radicalement la cartographie des premiers peuplements de la planète. L'Afrique du nord ne doit plus être perçue comme un simple cul-de-sac évolutif, mais comme une zone d'occupation précise, contemporaine des dynamiques observées en Afrique de l'Est. 


Les fouilles menées à Aïn Boucherit s'inscrivent dans le projet global de recherche archéologique de la basse vallée de l'Oued Boucherit, un affluent de l'Oued El Kebir. Les niveaux archéologiques se situent au sein de la formation géologique d'Aïn El Hanech. Les excavations menées par une équipe internationale ont permis de mettre à jour une industrie lithique, c'est à dire des outils de pierre taillée, associés à des restes fauniques fossilisés.  

Ces objets appartiennent technologiquement à l'Oldowayen, la plus ancienne industrie de l'âge de  la pierre, caractérisée par des galets aménagés et des éclats bruts. Les hominidés d'Aïn Boucherit ont sélectionné des matériaux disponibles localement dans les lits des rivières de l'époque, principalement du calcaire et du silex. Le processus de fabrication repose sur de techniques de percussion directe. Les artisans préhistoriques frappaient un bloc de matière première, appelé nucléus, à l'aide d'un percuteur en pierre pour en détacher des éclats aux bords tranchants. Les outils découverts comprennent des choppers (galets taillés sur une seule face) et des polyèdres, ainsi que des centaines d'éclats de débitage acérés utilisés pour les tâches de boucherie. 

L'association directe entre l'industrie lithique et la faune fossile constitue l'apport scientifique majeur de gisement. Plus de 600 ossements d'animaux ont été collectés dans les mêmes couches sédimentaires que les outils en pierre. Les analyses archéozoologiques révèlent que ces ossements appartiennent à une faune typique d'un environnement de savane ouverte, comprenant des ancêtres des éléphants, des bovidés, des équidés, des hippopotames et des rhinocéros. 

L'examen microscopique des surfaces osseuses a mis en évidence des traces de découpe anthropiques, provoquées par le contact avec le tranchant des outils en silex, ainsi que des marques de percussion visant à briser les os longs pour en extraire la moelle, particulièrement riche en nutriments. Ces indices prouvent que les premiers hominidés de la région pratiquaient activement le dépeçage et la consommation de grands mammifères. Les données actuelles ne permettent pas de trancher définitivement entre une activité de chasse organisée ou un charognage opportuniste de carcasses abandonnées par les grands prédateurs de l'époque, mais elles attestent d'une maîtrise technique de l'acquisition des ressources carnées. Un peu plus bas dans la stratigraphie locale, les chercheurs ont également documenté a présence d'un crâne de Stegodon, un proboscidien disparu doté de défenses rectilignes, dont les vestiges sont estimés à près de 3 millions d'années, illustrant l'évolution continue de cet écosystème sur le temps long. 

Sileshi Semaw, Anthropologue.

Les recherches qui ont mené à ces conclusions résultent d'une collaboration scientifique internationale de haut niveau. Les fouilles ont été coordonnées par le professeur algérien Mohamed Sahnouni, rattaché au centre national de recherche préhistorique, anthropologique et historique (CNRPAH) d'Alger et au Centro Nacional de Investigacion sobre la Evocion Humana (CENIEH) de Burgos, en Espagne. L'équipe intégrait également des spécilistes de renommée mondiale, à l'instar de l'anthropologue éthiopien Sileshi Semaw, co-découvreur  des plus anciens outils du monde à Gona, en Éthiopie.


Azzedine MIHOUBI

Pour dater précisément les niveaux d'Aïn Boucherit, les scientifiques ont croisé plusieurs protocoles techniques rigoureux. Ils ont combiné la biochronologie, qui étudie l'évolution des espèces animales fossiles présentes, avec le paléomagnétisme, une méthode qui enregistre les inversions historiques du champ magnétique terrestre au sein des sédiments. Ces analyses physiques ont été complétées par la résonance de spin électronique (ESR). L'ensembe de ces mesures converge vers une estimation temporelle solide situées entre 1.9 et 2.4 millions d'années pour l'occupation humaine du site. Sur le plan institutionnel, la portée de la découverte a immédiatement poussée les autorités, sous l'égide du ministère de la culture alors dirigé par Azzedine Mihoubi, à classer et sécuriser le périmètre. Des projets de conversation et de valorisation, incluant la création d'un espace muséographique et pédagogique, sont définis pour pérenniser l'accès scientifique et public à ce gisement. 

3- Le gisement préhistorique d'El Kherba.

Le bassin sédimentaire de Beni Fouda, situé dans les hautes plaines sétifiennes à proximité d'El Eulma, abrite un complexe préhistorique fondamental pour la compréhension des premiers comportements humains. Au sein de cet ensemble géologique, le gisement d'El Kherba constitue un site clé du Paléolithique inférieur. Stratigraphiquement contemporain du site voisin d'Ain El Hanech, ce gisement livre des données concrètes sur l'environnement et les modes de subsistance des hominidés qui occupaient la région au Pléistocène inférieur, soit plus de 1.7 million d'années. 

Les fouilles archéologiques y ont révélé un ancien environnement de savane ouverte et de plaines alluviales, bien éloigné du climat semi-aride actuel. Les archéologues ont mis au jour d'importantes accumulations d'outils en pierre taillée associés à des ossement de grands mammifères fossilisés. Cette faune diversifiée comprend des hippopotames, des rhinocéros, de grands bovidés et des équidés anciens comme l'espèce éteinte Equus tabeti. L'industrie lithique retrouvée sur place appartient à la culture technique de l’Oldowayen, caractérisée par des galets aménagés, des choppers et des éclats tranchants en calcaire ou en silex local. L'apport scientifique majeur d'El Kherba réside dans l'analyse microscopique de ces ossements, qui  portent des traces de découpe et des impacts de percussion indéniables.

Ces indices matériels prouvent des activités de boucherie récurrentes, incluant le désossage des carcasses et l'extraction de la moelle par les premiers hominidés.  Ces découvertes factuelles confirment que l'Afrique du Nord n'était pas un espace isolé, mais une zone d'occupation humaine précoce et active, contemporaine des dynamiques observées en Afrique de l'Est. 

4- La cité romaine de Cuicul (Djemila).

 

Le site archéologique de Djemila, l'antique Cuicul, se situe à 43 km au nord-est de Sétif, à la jonction de la Kabylie et des Hautes Plaines. Classée au patrimoine mondial de l'Unesco, cette ancienne colonie romaine frappe par son exceptionnel état de conservation et sa remarquable adaptation topographique. Fondée à la fin du Ier siècle de notre ère sous le règne de l'empereur Nerva, la cité s'est d'abord implantée sur un éperon rocheux étroit pour des raisons défensives. 

 

Son axe principal, le cardo maximus, s'adapte au relief accidenté plutôt que  de suivre un plan orthogonal strict. Portée par le commerce florissant du blé et de l'huile d'olive, la ville s'étend hors de ses remparts dès le IIe siècle pour créer a place des Sévères. Cet ensemble monumental exceptionnel intègre le temple Septimien, l'arc de triomphe de Caracalla, un grand théâtre creusé à flanc de colline et les termes de Commode. 

A l'antiquité tardive, la cité devient le siège d'un évêché et se dote d'un quartier chrétien comprenant deux basiques et un baptistère circulaire coiffé d'une coupole. Enfin, le musée du site abrite une collection de mosaïques romaines parmi les plus importantes au monde. Ces pavements de tesselles, aux motifs mythologiques ou réalistes, témoignent du savoir-faire remarquables des ateliers locaux et de la richesse de l'aristocratie de la Maurétanie Sétifienne.

5- Les vestiges de Sitifis. 

Mosaïque des thermes de Sitifis exposée au musée de Sétif. Par Dan Sloan 
 https://www.flickr.com/photos/dantoujours/15243804983, 
CC BY-SA 2.0, 
https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=48903285
 

Sous la ville moderne de Sétif reposent les vestiges de l'antique Sitifis, une ancienne colonie romaine qui devient la capitale officielle de la province de Maurétanie Sétifienne à la fin du IIIe siècle. 

Les fouilles archéologiques menées dans la région ont révélé que cette métropole a subi une profonde militarisation au cours de son histoire. Face aux insurrections des tribus berbères locales, le général byzantin Solomon y ordonna en 539 la construction d'une imposante forteresse sous l'autorité de l’empereur Justinien. Ce monument, connu sous le nom de citadelle byzantine, forme un vaste rectangle défensif fortifié par des tours carrées. Sa particularité architecturale repose sur l'utilisation massive de spolia, c'est-à-dire de blocs de pierre de taille récupérés sur les anciens édifices romains du haut-empire.

A l'intérieur de ces murailles, les archéologues ont mis au jour des casernements, des édifices religieux tardifs et des entrepôts de stockage. Aujourd'hui, le Musée Public National de Sétif conserve le riche mobilier extrait de ces différentes couches historiques. La pièce maîtresse de cette collection demeure la célèbre mosaïque du Triomphe de Bacchus, un pavement polychrome d'une finesse technique exceptionnelle qui ornait la salle de réception d'une riche demeure privée (domus). Représentant e dieu du vin sur son char entouré d'une procession, cette œuvre monumentale atteste de l’immense d'ateliers de mosaïstes sétifiens de premier ordre.

6- Le site archéologique de Zaraï (Aïn Oulmene).

Le site archéologique de Zaraï, localisé près d'Aïn Oulmene au sud de Sétif, correspond à un ancien poste militaire et douanier romain d'une importance stratégique majeure. Établie aux confins de la Maurétanie Sétifienne, cette colonie contrôlait les voies de communication et les échanges économiques entre les territoires sous domination romaine et les régions arides du Sud occupées par les populations nomades gétules. Sur le plan historique et scientifique, le site est mondialement célèbre pour la découverte du "Tarif de Zaraï", un document juridique exceptionnel gravé sur une stèle de pierre en 202 de notre ère, sous le règne de l'empereur Septime Sévère. 

Cette inscription épigraphique monumentale détaille avec une précision rigoureuse les taxes douanières et les droits d'octroi appliqués aux transit des marchandises, du bétail (chevaux, bovins, ovins) et des esclaves. Au-delà de son intérêt douanier, ce texte administratif constitue une source d'information inestimable pour les historiens, il dévoile l'organisation fiscale de l'empire romain en Afrique du Nord, met en lumière la nature des échanges commerciaux transsahariens et atteste du rôle régulateur de l'armée romaine sur cette frontière méridionale. Les vestiges de Zaraï, comprenant les restes de son fortin et de ses installations civiles, matérialisent ainsi la transition entre l'économie agraire des hautes plaines et le monde pastoral nomade. 

7- La forteresse d'Ikjan (Beni Aziz).

Sur les hauteurs abruptes de Beni Aziz, dans le nord de la wilaya de Sétif, le site d'Ikjan conserve les secrets de l'un des plus grands basculements géopolitiques du monde médiéval islamique. A la fin du IXe siècle, cette place forte s'impose comme le centre névralgique d'une révolution à la fois spirituelle et militaire. C'est dans ce relief défensif que s'installe le propagandiste ismaélien Abu Abdallah al-Shi'i. Il trouve auprès des Kutama, une puissante confédération berbère locale réputée pour sa maîtrise de la guerre de montagne, des alliés déterminés à renverser le pouvoir aghlabide en place à Kairouan.

Transformée en véritable dar al-hijra (un lieu de refuge et ralliement), la forteresse d'Ikjan devient la base arrière des Fatimides, un bastion imprenable où s'organise l'apprentissage de doctrine chiite et l'entraînement des troupes. En 909, l'offensive lancée depuis ces montagnes de Petite Kabylie balaie l'Ifriqiya, permettant l'instauration du califat d'Ubayd Allah  Al-Mahdi. Ce mouvement initial, né dans le sillage des cavaliers Kutama d'Ikjan, étendra ensuite son influence à travers toutes l'Afrique du Nord avant d'aboutir, quelques décennies plus tard en 969, à la conquête de l’Égypte et à la formation de la ville du Caire sous la direction du général Jawhar al-Siqilli. 

8- Les autres sites archéologiques de la région de Sétif, de la racine numide au réseau agricole romain et byzantin. 

 L'analyse des vestiges archéologiques de la région de Sétif dessine une histoire vivante, bien loin du mythe d'une colonisation romaine implantée sur une terre vierge. La réalité du terrain montre au contraire une assimilation technique, une transition dynastique et une mutation agricole profonde s'étalant sur près d'un millénaire.

1- L'infrastructure indigène et les bastions militaires.

Sur les hauteurs du Djebel Meçid, la découverte de céramiques modelées locales et fondations d’habitats de tradition numide confirme que l'Empire romain s'est greffé sur un maillage territorial berbère préexistant. Pour fixer ses vétérans et sécuriser cette plaine stratégique, Rome a ensuite déployé un réseau de postes fortifiés. Au Sud-Ouest, le Castellum Cellense (Ksar Al Abtal) illustre parfaitement ce modèle du bourg fortifié entourant un noyau militaire. Ce site, qui a évolué jusqu'à abriter une communauté chrétienne structurée à la fin de l’antiquité, servait de bouclier aux colons agricoles. Plus à l'ouest, la plaine de Medjana dévoile la densité du dispositif de surveillance avec ses centenaria (exploitations agricoles fortifiées munies de tours de guet), véritables postes d'alerte avancés contre les incursions des tribus non soumises. Enfin, le site de Ksar  Lemsa témoigne de fin de cette ère et de a transition byzantine au VIe siècle. Ses murailles illustrent la pratique systématique du spolia (la récupération massive de blocs de pierre romains) pour réédifier à la hâte des lignes défense face à l'instabilité politique de l'époque.

2- Génie hydraulique et puissance oléicole.

Aïn El Fouara

L'essor de la cité de Sitifis repose avant tout sur une prouesse d'ingénierie, la maîtrise de l'eau. Le réseau d'Aïn El Fouara démontre le savoir-faire des Romains qui ont capté les nappes souterraines locales. Grâce à un ingénieux système de canaux en terre cuite et de bassins de décantation, ils alimentaient les thermes et les fontaines publiques, posant les bases de l'urbanisme moderne de la ville. Cette eau a également transformé la paysage rural. Les vestiges découverts à Bir Al Arch, notamment des Arae (bases de pressoir en pierre) et des contrepoids massifs, prouvent que ces hautes plaines, aujourd'hui exclusivement céréalières, étaient autrefois recouvertes d'oliviers et constituaient un centre de production oléicole de premier ordre à l'échelle de l'Afrique romaine. 

L'histoire de la région de Sétif ne se résume pas à une succession de périodes isolées, mais s'articule comme une démonstration de continuité humaine et stratégique unique en Afrique du Nord. Des premiers artisans oldowayens d'Aïn Boucherit façonnant leurs galets il y a 2.4 millions d'années, aux cavaliers berbères Kutama s'élançant des hauteurs d'Ikjan pour fonder un empire califal au Xe siècle, les hautes plaines ont toujours été un pôle d'attraction et de puissance. Les  vestiges romains de Cuicul ou de Zaraï ne représentant pas une rupture, mais l'adaptation d'empires centralisateurs sur un substrat numide déjà structuré. En maîtrisant  l'eau à Aïn El Fouara et en transformant les plaines en vergers oléicoles à Bir El Arch, les populations locales ont façonné un paysage dont l'importance géopolitique a traversé les millénaires. Explorer le patrimoine sétifien, c'est comprendre que cette terre n'a jamais été une périphérie, mais un centre névralgique où s'est joué, à plusieurs reprises, le destin de la région et du continent.

 

 


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